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 Les secrets de la mémoire

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MessageSujet: Les secrets de la mémoire   Lun 23 Juin - 8:19

Depuis une quinzaine d'années, les neurosciences ont accumulé les découvertes sur le fonctionnement du cerveau. Il est temps d'en tirer des enseignements pratiques et d'améliorer ainsi les capacités de notre organe central. C'est ce que propose Votre mémoire. Bien la connaître, mieux s'en servir (Larousse, 320 p., 25 €.). Coordonné par le Dr Bernard Croisile, neurologue à l'Hôpital neurologique de Lyon, cet ouvrage rassemble les contributions d'une vingtaine de spécialistes. Tous les aspects du problème sont traités, de la description des circuits neuronaux aux maladies cérébrales. Cette encyclopédie, d'accès très facile, permet de dédramatiser le sujet. Une simple peur des «trous de mémoire» ne doit pas en effet se transformer en angoisse obsessionnelle. Voici 20 questions auxquelles ce livre permet de répondre
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MessageSujet: Quelle place la mémoire occupe- t-elle dans le cerveau?   Lun 23 Juin - 8:20

En avalant quelques miettes d'un gâteau ramolli dans du thé, le narrateur d'A la recherche du temps perdu éprouve un «plaisir délicieux» dont il ne saisit pas immédiatement l'origine. Petit à petit, des éléments gustatifs et olfactifs lui reviennent à la mémoire. Le contexte du souvenir se précise. Puis la réminiscence surgit et toute son enfance revit: la tante Léonie qui lui offrait le dimanche matin un petit morceau de madeleine après l'avoir trempé dans son infusion, la vieille maison grise où était sa chambre, les fleurs du jardin, les bonnes gens du village, le clocher de Combray…

Dans cette évocation littéraire, Marcel Proust décrit un cheminement conforme à ce que la science nous apprend aujourd'hui sur le rappel d'un souvenir. L'influx nerveux circule d'abord dans les régions cérébrales spécifiques aux sensations, puis dans les zones dites amygdaliennes, participant à la gestion émotionnelle. Enfin, l'ensemble des éléments sensoriels rattachés à un même événement sont réactivés.

Il n'y a pas de zone particulière de stockage des souvenirs. La mémoire est en effet répartie dans tout le cerveau. Cette dispersion tient aux mécanismes biologiques qui entrent en jeu. Quand un neurone est stimulé par des informations nouvelles, il prolifère et crée des liaisons (synapses) avec d'autres cellules nerveuses. Plus le neurone est sollicité, plus il multiplie les points de contact, qui sont autant de traces mnésiques, distribuées dans les différentes aires du cerveau en fonction des sens activés. Les neurones et les connexions impliquées dans un même souvenir tissent ainsi des circuits, des «cartes» qui fonctionnent de façon synchronisée. Se souvenir, c'est reconstituer une de ces cartes neuronales.
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MessageSujet: Comment une information est-elle enregistrée?   Lun 23 Juin - 8:20

Le cerveau n'est pas une masse de cire vierge sur laquelle se gravent les informations perçues de l'extérieur. Il ne peut créer de souvenirs de façon directe et immédiate. Avant de constituer des traces permanentes, il lui est nécessaire de passer par deux étapes temporaires. D'abord, il conserve, pendant un bref instant, dans les mémoires sensorielles (voir le schéma ci-dessous), les données provenant des organes spécialisés (vue, odorat, toucher, ouïe, goût). Puis il les traite dans la mémoire à court terme - dite de travail - pour les transformer et, si nécessaire, les préparer au stockage définitif, dans la mémoire à long terme. Cette phase est décisive. Pour être enregistrée, l'information doit en effet être encodée, ou représentée dans un «format» qui n'est pas celui d'une simple copie sensorielle. Une suite de sons est ainsi identifiée comme une phrase parlée. Ou un objet visuel est décrypté selon sa couleur, sa forme, sa configuration et son emplacement. La mémoire de travail peut également modifier une donnée quand elle est trop complexe ou la comparer avec d'autres éléments déjà archivés. C'est un filtre qui sélectionne.
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MessageSujet: Existe-t-il plusieurs systèmes de stockage?   Lun 23 Juin - 8:20

Se souvenir d'être allé à Venise le 10 mai 2000, connaître l'auteur de La Marseillaise, conduire un scooter… A chacune de ces tâches correspond un système de mémoire différent. La mémoire épisodique (ME) stocke les événements de notre vie personnelle, survenus à un moment donné et dans un lieu précis. Elle enregistre l'information dans son contexte affectif et émotionnel. La mémoire sémantique (MS) contient nos connaissances générales sur le monde, notre réserve de mots - avec leur sens. Quant à la mémoire procédurale (MP), elle permet d'accomplir des tâches (mentales ou physiques) répétitives.

Les données emmagasinées dans la mémoire sémantique sont liées les unes aux autres, formant des réseaux complexes combinant logique et pratique. Quand nous évoquons un mot comme «rose», différentes notions (son odeur, ses couleurs, sa symbolique, les romans ou les films en rapport avec cette fleur…) sont activées en même temps. L'organisation de nos connaissances prend une forme particulière lorsqu'il s'agit de situations familières, caractérisées par une suite de séquences standardisées: aller à son travail, faire ses courses, organiser une réunion… Pour ces activités routinières, où les phases se succèdent selon une logique bien établie, la mémoire sémantique fait appel à un schéma, un «script». Ainsi, pour préparer le petit déjeuner, il suffit souvent d'un geste (par exemple emplir d'eau la machine à café) pour déclencher les mouvements suivants, qui n'exigeront dès lors que peu d'attention.

Plus répétitives encore, d'autres tâches reposent sur une mémorisation inconsciente: effectuer un calcul mental, maîtriser la grammaire de sa langue maternelle, mais aussi jouer au tennis ou savoir appliquer les règles d'un jeu. La mémoire procédurale a pour fonction d'enregistrer ces automatismes. Leur apprentissage est souvent lent et les changements d'habitudes sont difficiles à intégrer. Ainsi, nous mémorisons une échelle de prix pour évaluer si un produit est cher ou bon marché. Quand nous ne pouvons plus l'appliquer de manière directe, lors d'un changement de monnaie (l'euro, par exemple) ou d'un séjour à l'étranger, nous éprouvons le plus grand mal à adapter nos jugements.
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MessageSujet: La mémoire peut-elle être saturée?   Lun 23 Juin - 8:21

Seule la capacité de la mémoire à court terme est restreinte. Elle ne peut retenir qu'un nombre limité d'éléments. Ce chiffre varie selon les individus et avec l'âge (entre 5 et 9 vers 20 ans; entre 4 et 7 vers 70 ans). En revanche, les stocks de la mémoire à long terme ne peuvent jamais être saturés. Notre cerveau peut créer en permanence de nouvelles connexions - c'est ce que les scientifiques appellent la «plasticité cérébrale». Sauf en cas de maladie, un octogénaire peut encore engranger des connaissances. Il n'y a certes pas de saturation à l'échelle d'une vie. Mais les mécanismes d'apprentissage proprement dits peuvent se gripper au bout d'un certain temps d'étude: entre quarante-cinq minutes et deux heures. Afin de pouvoir travailler plus longtemps, il est conseillé de changer régulièrement de sujet.
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MessageSujet: Y a-t-il une différence entre l'homme et la femme?   Lun 23 Juin - 8:21

Du point de vue anatomique, les cerveaux masculin et féminin ne se distinguent guère. Les principales différences se situent à l'échelle microscopique. Chez les hommes, les facultés liées à l'usage des mots semblent plus ancrées dans l'hémisphère gauche, alors que les femmes se servent davantage des deux parties du cerveau pour traiter certaines composantes du langage. Lorsqu'il faut mémoriser un texte court ou une liste de mots, les femmes, le plus souvent, s'en souviennent mieux. Elles retiennent également plus facilement les patronymes et les visages de leurs anciens camarades de classe. En revanche, les hommes préservent davantage leurs connaissances en algèbre et apprennent plus vite un itinéraire, grâce à sa géométrie (sa forme, les directions à prendre…). Pour s'orienter, le sexe dit faible recourt plus souvent à des repères verbaux («tourner à droite devant la boulangerie, puis prendre à gauche après la poste» …)
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MessageSujet: Quels souvenirs les enfants conservent-ils?   Lun 23 Juin - 8:22

Tout petit, un enfant ne peut créer que des souvenirs éphémères (pas plus de quelques semaines). Il distingue facilement les visages de son entourage. Il développe ses capacités de mémoire procédurale en maîtrisant les gestes, la marche, la prononciation des mots… Il enregistre certaines sensations, comme les odeurs, qui resteront fortement ancrées dans son cerveau. Un peu plus tard, il acquiert un début de mémoire sémantique, avec le langage et la notion de l'écoulement du temps. Mais c'est seulement entre 3 et 5 ans que sa mémoire épisodique commence à émerger. Il peut alors construire sa biographie personnelle. Quand il sera adulte, les souvenirs les plus nombreux seront ceux d'épisodes vécus après l'âge de 10 ans.
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MessageSujet: Pourquoi certains ont-ils une mémoire plus performante?   Lun 23 Juin - 8:22

Il est probable que l'inégalité devant la mémoire a des fondements génétiques. Dans certaines familles, on retrouve plus fréquemment des individus disposant d'une bonne capacité de mémorisation. Mais, pour l'instant, rien n'a été démontré scientifiquement. Une certitude: l'éducation, l'entraînement et tous les apprentissages de la vie jouent un rôle décisif quand il s'agit de stocker un type particulier d'informations. Des enfants sensibilisés très jeunes au maniement des chiffres (en regardant, par exemple, les plaques minéralogiques) disposent plus tard d'une bonne mémoire numérique. L'exercice d'un métier peut également développer des facultés spécifiques. La preuve en est apportée par une étude menée auprès des chauffeurs de taxi londoniens. Leur hippocampe droit - partie du cerveau qui rend possible l'apprentissage d'un itinéraire - est plus volumineux que celui des conducteurs non professionnels. La différence est de quelques millimètres!
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MessageSujet: Combien de temps une information persiste-t-elle?   Lun 23 Juin - 8:22

Les lois de l'oubli sont encore mal connues et rares sont les expériences menées sur la vitesse à laquelle nos souvenirs déclinent. Un psychologue américain, Harry Bahrick, a mesuré le rythme auquel se perd le vocabulaire espagnol appris par des étudiants qui ne l'ont jamais utilisé par la suite. Bahrick a observé une chute importante au cours des trois premières années, suivie d'une phase de stabilisation, d'une durée de vingt-cinq ans, pendant lesquels les personnes testées se souviennent de 60% des mots. Ensuite, le chercheur constate un lent déclin graduel. Toutefois, cinquante ans après les cours de langue, un peu moins de 40% des termes initialement stockés restent encore en mémoire!
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MessageSujet: La mémoire visuelle est-elle la plus solide?   Lun 23 Juin - 8:23

Contrairement à un mythe tenace, notre mémoire n'est pas «photographique». Tous les sens sont mis à contribution dans le processus de mémorisation. Mais la vision a un rôle clef parce que cette activité nous est la plus familière et qu'elle mobilise dans notre cerveau le plus grand nombre de cellules nerveuses. Conséquence: la mémoire des images est particulièrement efficace. Une expérience menée aux Etats-Unis le démontre: après avoir visionné, à raison d'une image toutes les dix secondes, une série de 2 500 diapositives, un individu est capable de reconnaître 90% d'entre elles au bout d'une semaine. Après plusieurs mois, le pourcentage reste élevé.
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MessageSujet: Comment bien mémoriser?   Lun 23 Juin - 8:23

Savez-vous décrire - sans vérifier au préalable - l'image qui se trouve au recto d'un billet de 10 euros? Vous ne vous en souvenez pas? C'est que vous n'avez sans doute jamais regardé de près une telle coupure, que pourtant vous avez dû manipuler souvent. A quoi bon, en effet, vous en préoccuper, à moins de soupçonner un faux ou de céder à une curiosité intellectuelle gratuite? Cet exemple illustre ce qu'il faut pour bien mémoriser une information: une bonne perception, de l'attention et de la motivation.

Un nom mal entendu au téléphone ou au cours d'une conversation est plus difficile à retenir; la lecture incorrecte d'un mot écrit sur un tableau ou dans un document imprimé n'en facilite pas la compréhension. Souvent, les conditions mêmes dans lesquelles l'apprentissage a lieu (un bruit gênant, par exemple) empêchent une perception efficace. Il arrive aussi que les difficultés proviennent d'une mauvaise vision ou d'une audition défaillante. Lorsque l'information est mal saisie, son analyse requiert plus d'efforts et, surtout, elle risque d'être imparfaite, ce qui mettra en péril sa sauvegarde dans la mémoire à long terme.

Même perçue de façon correcte et complète par un ou plusieurs organes des sens, une information a besoin d'être repérée et traitée avant d'être stockée. Cette phase cruciale exige un certain état de vigilance ou de concentration. La mémoire de travail est particulièrement sensible au manque d'attention. Un individu peut être déconcentré pour de nombreuses raisons: fatigue, stress, surmenage, consommation d'alcool, de drogues (cannabis, ecstasy) ou de certains médicaments (somnifères, tranquillisants, antidépresseurs).

La motivation, troisième condition d'une bonne mémorisation, peut être spontanée. Nous prenons plaisir à apprendre. Dans d'autres circonstances, il faut mobiliser les ressources nécessaires pour atteindre un objectif qui nous intéresse peu.
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MessageSujet: Les émotions perturbent-elles le processus?   Lun 23 Juin - 8:24

Que faisiez-vous le 11 septembre 2001, au moment où vous avez appris l'attentat du World Trade Center? Le 31 août 1997, quand est décédée la princesse Diana? Le 21 juillet 1969, à l'heure où un homme marchait pour la première fois sur la Lune? Selon votre âge, il vous reste sans doute un «souvenir flash» de plusieurs de ces faits. Par ce terme, on désigne un souvenir très vivant et détaillé, qui ressemble à une photo prise quand se produit un événement marquant. Déclenché par une forte émotion (individuelle ou collective), il persiste pendant très longtemps.

De façon moins spectaculaire, on constate que le contexte émotionnel permet généralement un meilleur encodage de l'information. Lorsqu'un test de mémoire comporte un mélange de mots à caractère neutre (table, porte…) et des termes chargés de sentiments (joie, douleur…), les derniers sont plus facilement retenus. Autre exemple: la mémoire auditive résiste en général mieux que la mémoire lexicale, car le phénomène sonore (voix d'un proche, mélodie…) est souvent associé à une émotion (plaisante ou non). Cela contribue à consolider le souvenir.

Pourtant, l'émotion est une arme à double tranchant. Une légère angoisse facilite la mémorisation. Elle maintient l'esprit en éveil. Mais un trop grand stress est perturbateur. Il bloque toute la mécanique. C'est la situation que vivent certains élèves au moment des examens .
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MessageSujet: A quel âge obtient-on le rendement maximal?   Lun 23 Juin - 8:24

Jusqu'à 30 ans environ, on peut faire preuve de capacités de mémorisation exceptionnelles. Il est plus facile de se concentrer et l'apprentissage est plus rapide. Cependant, avec l'âge, rien n'est insurmontable. Il faut simplement un peu plus de temps pour parvenir à un résultat comparable. Mobiliser ses ressources cérébrales exige davantage d'efforts. Un lycéen peut réviser ses leçons en écoutant de la musique, tandis qu'une personne de 40 ans a besoin de calme pour apprendre. En vieillissant, il est plus difficile d'effectuer plusieurs activités simultanément.

C'est la raison pour laquelle il est banal de perdre ses clefs ou ses lunettes. Il suffit de les avoir posées quelque part alors que l'esprit était occupé à autre chose. Le geste de la main, à l'arrière-plan de la conscience, n'est alors plus enregistré, empêchant de retrouver plus tard l'emplacement de ces précieux objets. En revanche, l'âge constitue un atout lorsqu'il s'agit de récupérer un savoir ou de le compléter. Un quinquagénaire dispose en effet d'un stock de souvenirs, d'expériences et de connaissances qui lui permettent d'être plus performant dans les domaines qui lui sont familiers.
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MessageSujet: Les souvenirs sont-ils fidèles?   Lun 23 Juin - 8:25

Nos souvenirs ne sont jamais strictement identiques à ceux que nous avons enregistrés à l'origine. En effet, les cartes neuronales se reconstruisent au fil du temps. Les traces mnésiques sont rarement stables dès le départ. Elles doivent être «consolidées», notamment lorsqu'elles sont réactivées, lors d'un rappel. Elles peuvent alors s'enrichir d'une nouvelle information ou être modifiées en raison d'un changement de contexte. Un souvenir peut ainsi devenir imprécis ou confus. Parfois, notre mémoire est capable de faire disparaître une trace (après un traumatisme psychologique, par exemple) ou de nous suggérer un événement qui n'a jamais eu lieu! De nombreuses expériences démontrent la faillibilité du processus de mémorisation. En recourant à une photo truquée, en recrutant un proche parent complice pour un faux témoignage ou en demandant aux participants d'imaginer eux-mêmes un incident, des chercheurs ont réussi à instiller, dans la mémoire de 25% d'entre eux, l'illusion qu'ils avaient vécu un épisode complètement inventé!
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MessageSujet: Apprend-on en dormant?   Lun 23 Juin - 8:25

Grâce aux progrès de l'imagerie médicale, les chercheurs ont démontré le rôle important du sommeil dans le processus de mémorisation. Les régions du cerveau qui ont été activées pendant la journée pour un apprentissage précis se remettent en marche la nuit. Cette réplication se produit surtout lors des phases paradoxales du sommeil - celles des rêves. Ce mécanisme contribuerait à consolider les souvenirs, à mettre de l'ordre dans tous les savoirs acquis avant l'heure du coucher et à intégrer ces informations aux cartes neuronales existantes.
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MessageSujet: Certains aliments peuvent-ils aider à phosphorer?   Lun 23 Juin - 8:25

Il n'y a pas de pilules miracles capables de «doper» la mémoire. En revanche, une alimentation adaptée est indispensable pour assurer un fonctionnement correct de notre cerveau. Celui-ci a d'abord besoin de glucose, son carburant de base. Cette énergie lui est apportée par les céréales (surtout le pain), les pâtes, le riz, les légumineuses, les pommes de terre. A elle seule, notre matière grise utilise 20% de l'énergie alimentaire consommée. Pendant le sommeil, ces dépenses augmentent. Conclusion: le repas du soir ne doit pas être trop léger et doit contenir des sucres lents.

D'autres substances sont également indispensables pour le métabolisme cérébral: des vitamines (notamment B 1 et B 3) et de bonnes graisses (oméga 3). Ces dernières substances sont bénéfiques pour les neurones et leurs connexions. Elles se retrouvent en quantité suffisante dans les huiles de colza et de noix, ainsi que dans la chair des poissons gras (sardine, thon, saumon, truite…) qui ne proviennent pas d'élevages.
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MessageSujet: Le par-cœur est-il efficace?   Lun 23 Juin - 8:26

«Maître Corbeau sur un arbre perché tenait dans son bec un fromage.» Pourquoi, dans la fable de Jean de La Fontaine, nous souvenons-nous moins bien des derniers vers que des premiers? La raison est simple: nous avons d'abord appris par cœur la première phrase avant d'avoir mémorisé la seconde… tout en répétant la première, puis nous sommes passés à la troisième, mais en reprenant toujours les deux précédentes, et ainsi de suite. Au fil de l'apprentissage, les premiers vers ont donc été ressassés au moins une dizaine de fois avant que nous soyons arrivés à la fin du poème.

Depuis quelques décennies, les enseignants ont négligé l'apprentissage par cœur. A tort. La répétition facilite en effet la mémorisation. Chaque rappel d'une information consolide sa trace mnésique. Cette méthode permet aussi la mise en place de certains automatismes gérés par la mémoire procédurale. Ainsi rabâcher les tables de multiplication est-il un préalable à la réalisation d'opérations de calcul mental. Une capacité bien utile dans la vie, la calculette n'étant pas toujours à portée de main.

La répétition d'une information a toutefois ses limites. Elle ne doit pas être trop intensive. Il est préférable d'étaler l'exercice sur plusieurs séances pour éviter une saturation de la mémoire de travail. C'est par ailleurs un procédé lourd et ennuyeux qui n'est pas applicable en toutes circonstances.
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MessageSujet: Quelles sont les stratégies pour mieux mémoriser?   Lun 23 Juin - 8:26

«Ah, messagère admirable, lumière éclatante, je sais votre célérité.» Cette phrase n'est pas tirée d'un poème. C'est une astuce mnémotechnique pour retenir la vitesse de la lumière (299 792,458 kilomètres par seconde). Le nombre de lettres de chaque mot correspond à un chiffre: ah pour 2, messagère pour 9… Depuis les Grecs, les hommes ont cherché des béquilles pour pallier les difficultés à retenir certaines données. Au-delà de ces recettes, il est possible d'élaborer de véritables stratégies personnelles permettant d'accroître son potentiel de mémorisation.

Notre mémoire à long terme possède une faculté de stockage illimité. Mais son utilisation optimale nécessite un effort de tri préalable. Mieux notre banque de données sera organisée, plus facile sera la restitution ultérieure des souvenirs dont nous aurons besoin.

Cette démarche volontariste repose sur quelques principes. D'abord, mettre de l'ordre dans les informations qui nous parviennent, les classer, puis établir des liens avec les connaissances que nous avons déjà acquises, celles qui nous sont familières. Il faut multiplier les traces mnésiques. Plus les connexions seront nombreuses, plus il y aura d'indices pour retrouver un mot, un nom ou une notion.

La création d'images mentales facilite également le stockage et le rappel des informations. La représentation visuelle est d'une grande efficacité dans la vie quotidienne. Pour éviter de perdre du temps à rechercher vos clefs ou votre portable, prenez l'habitude, chaque fois que vous déposez ces objets, d'observer votre main en train d'accomplir ce geste.
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MessageSujet: Comment retenir des chiffres?   Lun 23 Juin - 8:27

L'univers des dates et des numéros est un domaine d'application privilégié pour les méthodes de mémorisation. Première étape: simplifier. Au lieu d'apprendre d'affilée un numéro de dix chiffres, décomposez-le en cinq paires. Deuxième phase: associer chacune de ces séries à des chiffres connus qui vous reviendront facilement à l'esprit. Chacun a son propre répertoire. Si, par exemple, vous connaissez bien les numéros des départements, utilisez-les comme références. Ainsi, pour retenir le code d'entrée, 6838, de l'immeuble où habite un de vos amis originaire de Lyon (département 69), vous associez le nombre 68 au département du Haut-Rhin (département précédant celui du Rhône) et le nombre 38 à l'Isère (voisin du Rhône). Votre sésame sera «Haut-Rhin et Isère». Autres repères possibles: les dates de naissance ou les événements historiques majeurs. Vous devez mémoriser le numéro du téléphone portable 06-19-89-45-14: associez-le à la Révolution française et aux deux guerres mondiales.
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MessageSujet: Les exercices d'entraînement sont-ils efficaces?   Lun 23 Juin - 8:27

La mémoire est un ensemble complexe qui met en jeu plusieurs sous-systèmes spécialisés. Les exercices d'entraînement proposés sont nombreux. Vous en trouverez dans l'ouvrage dirigé par le Dr Croisile ou sur le site internet www.happyneuron.com. Ils ne sont jamais généralistes. Chaque fois, ils stimulent seulement une partie du cerveau. Ils améliorent les connexions impliquées dans telle ou telle tâche. Mais vous n'en tirerez aucun bénéfice pour d'autres compétences.

Si vous entraînez votre mémoire à retenir des mots, vous ne retrouverez pas plus facilement vos clefs. Travailler sa concentration ne rendra pas meilleure votre mémoire des noms propres. Ce principe de cloisonnement s'observe aussi dans les activités de loisirs. La pratique des mots croisés exerce votre mémoire lexicale, mais pas celle des chiffres. Pour préserver l'efficacité de votre cerveau, il est donc nécessaire d'entretenir toutes vos compétences.
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MessageSujet: Faut-il s'inquiéter des «trous de mémoire»?   Lun 23 Juin - 8:28

La moitié des gens de plus de 50 ans se plaignent de leur mémoire. Ils éprouvent des difficultés dans leur vie quotidienne; ils ont du mal à retrouver leurs mots. Il s'agit rarement de troubles graves. Les médecins l'observent: quand quelqu'un exprime lui-même cette plainte, c'est que sa mémoire continue à fonctionner à peu près normalement. Les problèmes rencontrés résultent alors d'une baisse de la capacité d'attention, elle-même conséquence naturelle du vieillissement ou d'un état passager de fatigue ou de stress. Les situations pathologiques (démence, Alzheimer…) se traduisent par des comportements beaucoup plus inquiétants dont le malade n'est pas lui-même conscient et que seuls ses proches sont capables de décrire: une personne répète plusieurs fois la même question, elle se perd régulièrement dans la rue, elle ne se rappelle plus ce qu'elle a fait dix jours auparavant, alors que c'était l'anniversaire de sa petite-fille…

Si vous doutez de vos capacités cérébrales, n'hésitez pas à passer des tests d'évaluation. Une centaine d'hôpitaux disposent de services spécialisés (les «consultations mémoire») qui effectuent ce diagnostic. Durée de l'examen: entre une et trois heures.
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MessageSujet: Post-scriptum   Lun 23 Juin - 8:29

Happyneuron, le site Internet créé par Michel Noir, jeune retraité de la politique et nouveau docteur ès sciences de l'éducation, reçoit chaque jour entre 4 000 et 5 000 visites. Son objet: proposer des exercices de stimulation de la mémoire. 2 000 personnes se sont abonnées pour s'entraîner régulièrement.


L' Expresss
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MessageSujet: L'hippocampe de Proust   Mer 16 Juil - 0:04

LE MONDE | 14.07.08

Longtemps, science et littérature ont fait chambre à part. Marcel Proust les a réconciliées. Outre la montagne d'exégèses qu'a suscitée son oeuvre, le "phénomène proustien" a engendré une foule d'analyses psychologiques et neurobiologiques. Ce "phénomène", c'est bien sûr celui attaché à l'épisode de la madeleine, relaté au début d'A la recherche du temps perdu : le narrateur, goûtant chez sa mère un biscuit trempé dans du thé, est soudain assailli par une vive émotion.

Intrigué, il cherche en lui-même et découvre la cause de ce trouble. Le voilà transporté des années en arrière, le dimanche matin à Combray, lorsque sa tante Léonie lui offrait un morceau de madeleine trempé dans son infusion de thé.

Souvenir en apparence ténu, anodin. "Mais, écrit Proust, quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir."

"J'ai tout un dossier d'articles qui tentent de réinterpréter scientifiquement cet épisode", témoigne la neurobiologiste Pascale Gisquet (CNRS - université Paris-Sud), qui a bien voulu mettre ses archives à notre disposition. "J'ai moi-même été très inspirée par Proust", confesse-t-elle. Etrange attrait... Le premier réflexe des scientifiques est de se défier d'un témoignage subjectif. Mais Proust fascine les spécialistes de la mémoire. Sans doute, avance le neuropsychologue Francis Eustache (Inserm-université de Caen), parce que "ce visionnaire a eu bien avant nous l'intuition que la mémoire est au centre du psychisme : elle permet cette rencontre intime avec soi et avec l'autre, présent ou absent". Peut-être aussi parce que chacun de nous, un jour, a cru mordre dans sa "madeleine"...

Qu'a donc découvert la science de ce qui, dans la tête d'un Proust, mais aussi sous nos crânes, abrite les souvenirs, les entretient et les ressuscite ? "On sait des choses, mais on en ignore plus encore, prévient Serge Laroche, du laboratoire de neurobiologie de l'apprentissage, de la mémoire et de la communication (CNRS-Paris-Sud). La science de la mémoire est très jeune et porte sur un organe longtemps resté inaccessible, le cerveau." Depuis un siècle, les scientifiques ont compris que celui-ci est organisé en ensembles interconnectés, et que son unité cellulaire de base est le neurone. Le neuroanatomiste espagnol Santiago Ramon y Cajal (1852-1934) avait supposé que les modifications de "protubérances" neuronales étaient responsables de la mémorisation. Ses successeurs lui ont donné raison.

Chaque neurone est en effet capable de transmettre de l'information, sous la forme d'influx électrochimiques et de synthèses moléculaires, et d'entrer en contact avec des milliers d'autres. Ces points de contact, les "protubérances" de Cajal, ce sont les synapses. Les études sur l'animal ont montré que leur activité peut être renforcée, voire qu'elles peuvent se multiplier au fil de l'apprentissage, et ce de façon durable. Leur remodelage à long terme implique des cascades complexes de gènes. "Sur des souris mutantes, on en a déjà identifié 165 qui jouent un rôle dans le fonctionnement synaptique", dit Serge Laroche.

Avec un milliard de millions de connexions, la combinatoire de ces réseaux est hallucinante ! Qu'est-ce donc qu'un souvenir, dans cette jungle neuronale ? "Il serait un motif particulier d'activation cellulaire de réseaux neuronaux", répond Serge Laroche. Concrètement, chacun des sens du jeune Marcel entraîne l'activation d'une portion du cerveau. Tout un réseau neuronal est impliqué. Les noeuds de ce réseau, les synapses, sont renforcés par ces perceptions. "A chaque souvenir correspond un réseau qu'il faut activer pour se le remémorer", avance Serge Laroche.

"Pour ce qui est de la mémoire simple, comme modifier des réflexes d'évitement d'un organisme basique tel que l'aplysie, un escargot de mer que j'ai étudié, nous comprenons très bien ce qui se passe, dit l'Américain Eric Kandel, Prix Nobel de médecine en 2000. Mais pour des choses plus complexes comme l'odorat, modalité sensorielle très vaste, combinée parfois avec la perception visuelle, c'est plus compliqué. Nous ne comprenons pas exactement comment tout cela est traité au niveau de l'hippocampe."

L'hippocampe ! Depuis un demi-siècle, cette structure profonde du cerveau fait l'objet de tous les soins des spécialistes de la mémoire. Comme souvent, c'est un cas clinique qui a tout déclenché. En l'occurrence, H. M., un jeune Américain épileptique qui a subi en 1953 une ablation de l'hippocampe et d'une portion des lobes temporaux, censée mettre fin à ses crises. Depuis lors, H. M. est prisonnier du temps : ses souvenirs, dégradés, se sont figés à la période précédant son opération. Ses capacités intellectuelles sont intactes, mais il est incapable de retenir une information nouvelle plus de quelques secondes. Sans mémoire, impossible de construire l'avenir.

La psychologue Brenda Milner a pu montrer que son amnésie n'était pas absolue : H. M. a bien enregistré que ses parents étaient morts, et que Kennedy avait été assassiné, sans doute en raison de la charge émotionnelle de ces événements. Il a aussi pu apprendre à recopier un motif en le regardant dans un miroir, un savoir qui mobilise la mémoire inconsciente. Mais après des décennies de consultations, il ignore toujours qui est Brenda Milner !

Grâce à H. M., grâce aussi aux psychologues expérimentaux, les sciences cognitives distinguent plusieurs types de mémoires, reliées par des passerelles cérébrales qui restent à identifier. D'un côté, la mémoire à court terme, ou de travail, de l'autre celle à long terme. Celle-ci peut être implicite, ou procédurale. Elle nous permet de faire du vélo "inconsciemment" ou à H. M. de dessiner dans un miroir. La mémoire à long terme peut aussi être explicite (consciente). Raffinement supplémentaire, on ne confond pas dans cette dernière ce qui est sémantique (connaissance : Combray n'est pas éloigné de Guermantes) et ce qui est épisodique (histoire personnelle : "J'allais voir tante Léonie le dimanche matin").

Pour mieux cerner cette mémoire autobiographique, l'équipe de Francis Eustache a interrogé des femmes de 65 ans sur leur passé. "Quelle que soit l'ancienneté du souvenir évoqué, la période de vie concernée, c'était bien l'hippocampe qui était activé", indique le chercheur. Et la madeleine, quel est son rôle ? C'est la clé sans laquelle le passé serait resté perdu : "Il dépend du hasard que nous le rencontrions avant de mourir, ou que nous ne le rencontrions pas", écrit Proust. Son narrateur eut plusieurs fois la chance de tourner cette clé : à Guermantes, un pavé disjoint le projette en pensée sur les dalles inégales de la place Saint-Marc, à Venise. Ou le tintement d'une cuillère le transporte vers un sous-bois, où son train avait stoppé jadis.

Les chercheurs ont préféré s'intéresser aux odeurs. Celles-ci sont supposées souveraines pour ouvrir "ces vases disposés sur toute la hauteur de nos années", comme l'écrit Proust, où sont encloses autant de sensations passées. L'aromachologie (la psychologie de l'olfaction) tente de déterminer leur rôle dans la ressuscitation des souvenirs anciens. En laboratoire, les odeurs ne sont pas un indice très puissant dans des tests de mémorisation où elles sont associées à des chiffres, des images ou des actions. Au point que le psychologue expérimental Alain Lieury (Rennes-II) soupçonne que plus que l'odeur, "c'est peut-être la vue de la madeleine qui fut efficace".

Une expérience conduite par John Aggleton et Louise Waskett (université de Cardiff) autour d'un musée de la ville de York consacré aux Vikings montre pourtant leur puissance d'évocation. L'exposition associait une fragrance particulière à chaque scène présentée - terre, bois brûlé, viande... Un interrogatoire, auquel ont été soumis des visiteurs six ans après l'avoir parcourue, a montré qu'en présence de ces odeurs, ils étaient capables de se souvenir de détails plus nombreux (+ 20%) que lorsqu'on les aspergeait - ou non - d'autres parfums.

De telles observations ne cernent pas réellement le "phénomène proustien", qui implique l'évocation, chargée d'émotion, de souvenirs forts anciens. Simon Chu et John Downes, de l'université de Liverpool, ont exposé des sexagénaires à des odeurs ou à des indices verbaux, et leur ont demandé de décrire les expériences passées qui leur venaient. Alors que les mots évoquaient des souvenirs datant de la période où les "cobayes" avaient de 11 à 25 ans, les réminiscences induites par les odeurs remontaient à leur petite enfance, à l'âge où l'on se voit offrir des madeleines.

Récapitulons : le jeune Marcel - en faisant l'hypothèse que Proust s'est inspiré d'événements réels - va le dimanche grignoter une madeleine chez sa tante. Cette expérience multisensorielle renouvelée se traduit dans son cerveau par une poussée de connexions neuronales, impliquant des phénomènes à la fois électrochimiques et la production de protéines, qui stimule et renforce durablement certains circuits. Ceux-ci vont constituer un souvenir, "stocké" dans l'hippocampe. Des décennies plus tard, une saveur oubliée réactive ce réseau délaissé, d'abord sous la forme d'une émotion sans objet, qui dans l'écheveau des neurones finit - miracle ! - par trouver son origine, faisant le pont entre l'affection toujours présente de sa mère et celle, retrouvée, de sa tante disparue. Le reste est littérature : "Tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé"...
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MessageSujet: Cet étrange sentiment de déjà-vu   Mer 16 Juil - 0:05

LE MONDE | 15.07.08

Dans un gag d'une savoureuse absurdité, les Monty Python illustraient l'"étrange sentiment" de "déjà-vu" - prononcer "déjà-vous" : un présentateur de plus en plus paniqué voyait son émission redémarrer du début ad nauseam.

Dans ce sketch à l'absurde saveur, les Monty Python mettaient en scène ce sentiment étrange de "déjà-vous" : la panique s'emparait d'un speaker dont le programme n'arrêtait pas de reprendre à son commencement.

Le bégaiement des deux paragraphes précédents n'est qu'un pâle reflet du phénomène de déjà-vu, défini par le psychologue sud-africain Vernon Neppe comme "toute impression de familiarité vis-à-vis d'une expérience présente paraissant subjectivement inappropriée car ne pouvant être rattachée à un passé clairement défini". Pour certains, cette petite "extase" - étymologiquement "sortie du temps" - est quotidienne, et ce indépendamment de l'impression d'éternel retour que peut parfois induire l'actualité...

"Quand on a annoncé la mort du pape à la télévision, je n'ai pas été surprise : je l'avais déjà vue la veille !", se souvient Michelle N. Cette jeune femme de 27 ans a souffert pendant plus d'un an de déjà-vu chronique. Radio, télévision, journaux, mais aussi vie courante : souvent elle avait le sentiment de tout connaître à l'avance. La première fois, c'était en 2005, "chez un concessionnaire où j'allais acheter une voiture. J'avais le sentiment de m'y être déjà rendue".

En 2001, elle avait survécu à une hémorragie cérébrale. C'est lorsqu'elle a mis fin à son traitement médicamenteux que les premières manifestations ont eu lieu. Puis se sont multipliées. "Par exemple, j'allais à un mariage, et j'avais l'impression d'y avoir assisté. Cela partait d'un détail, raconte-t-elle. La mariée me montrait un cadeau, que je croyais avoir déjà vu, et d'autres détails me frappaient dans la scène comme déjà connus."

Ces épisodes surviennent si souvent qu'elle finit par soupçonner ses proches de machinations. Comme si elle était l'héroïne perpétuelle de gags dont les émissions de type "caméra cachée" sont friandes, mais dont le ressort ne serait jamais dévoilé. "J'avais l'impression d'être dans un film d'horreur, genre que j'adore par ailleurs : j'ai pensé qu'on voulait me rendre folle. En fait, je l'étais vraiment", rigole-t-elle. A l'époque, elle frôle la paranoïa. "Mes amis essayaient de me raisonner, mais il m'a fallu du temps pour me résoudre à consulter."

Bien lui en a pris. Même si, lors du premier entretien avec le médecin, elle a le sentiment de l'avoir déjà rencontré... Aujourd'hui, les sensations de déjà-vu ont presque disparu. Cette amélioration, Michelle l'attribue aux exercices de mémorisation qu'elle a dû faire pendant plusieurs mois. La neuropsychologue Sylvie Willems (université de Liège) a participé à leur élaboration. "On ne savait pas trop où on allait, on a procédé par essais et erreurs", raconte la chercheuse. L'équipe belge est partie du principe que, constamment, notre cerveau est confronté à des situations proches de celles qu'il a déjà rencontrées. Des mécanismes automatiques lui permettent de distinguer la nouveauté dans chaque scène, ce qui évite les illusions de familiarité.

"Notre patiente ne possédait plus les règles pour se protéger de ces illusions, analyse Sylvie Willems. Il a fallu les réexpliciter et imaginer des exercices afin qu'elle les intègre à nouveau." Comme par exemple retrouver un objet en trois dimensions parmi des figures ressemblantes. Objectif atteint. Michelle a pu reprendre une vie normale.

Les cas de déjà-vu chronique, rares, sont sans doute sous-diagnostiqués. "Les médecins traquent plus volontiers les signes d'oubli que ces formes d'altération de la mémoire", note Chris Moulin. Neuropsychologue à l'université de Leeds (Royaume-Uni), il tient à la distinction entre déjà-vu, qui serait lié à un défaut d'appréciation de la familiarité, et déjà-vécu, une confabulation qui englobe l'identité de la personne ("j'y étais"). Deux formes de conscience mnésique "coexistent normalement en chacun de nous", explique-t-il : la capacité à évaluer la familiarité d'une situation et la faculté à revivre mentalement une scène "en situation". Elles font appel à des processus cérébraux distincts, que les psychologues expérimentaux ont appris à caractériser.

Concrètement, c'est toute la différence entre savoir qu'on a déjà rencontré une personne croisée dans la rue et se souvenir, deux minutes plus tard, des circonstances de cette rencontre et de l'identité de la personne en question.

Les troubles de Michelle N. relevaient sans doute du déjà-vu, tandis que le cas d'AKP, étudié par Chris Moulin, évoque selon lui plutôt le déjà-vécu. Ce monsieur de 80 ans avait cessé de s'intéresser à la télévision et au journal, trop répétitifs à son goût. Il rechignait à acheter tel produit, car invariablement, prétendait-il, il l'avait déjà fait la veille. Lors de ses promenades, il s'étonnait que tel oiseau chante toujours le même trille au même instant et, scrutant les plaques d'immatriculation, n'était pas moins surpris que le conducteur du véhicule ait pris l'habitude de passer là exactement au moment où il s'y trouvait.

La grande différence avec Michelle N., c'est qu'AKP n'était pas conscient du caractère anormal de son sentiment de déjà-vécu - un phénomène dénommé anosognosie. Lorsque sa femme le mettait au défi de décrire la suite du programme télévisé qu'il prétendait avoir déjà visionné, il répondait par une pirouette : "Comment pourrais-je le faire, j'ai un problème de mémoire !" Ou bien s'en tirait par une affabulation. L'imagerie par résonance magnétique devait dévoiler une atrophie des lobes temporaux et de l'hippocampe, impliqués dans la mémoire à long terme. Chez d'autres patients, c'est la maladie d'Alzheimer qui semblait en cause.

L'épilepsie offre un autre moyen d'explorer le déjà-vu. Le neurologue Patrick Chauvel (Inserm-université de Méditerranée) le fait en plongeant physiquement dans le cerveau de ses patients. "Certains épileptiques font état de scènes déjà vues et de réminiscences interprétées comme des souvenirs lors de leurs crises, précise-t-il. Pour supprimer ces crises, il faut, à l'aide d'électrodes, repérer la zone épileptogène que l'on souhaite retirer." Il arrive que ces stimulations induisent à leur tour des épisodes de déjà-vu, "particulièrement surprenants pour les patients".

On peut aujourd'hui introduire ces électrodes dans les profondeurs du cerveau, jusque dans l'hippocampe, et même sous cette structure, dans le cortex rhinal. Plus on y pénètre, plus le seuil de stimulation pour déclencher le sentiment de déjà-vu "épileptique" est bas. "Ces zones traitent de la reconnaissance visuelle fine, de la familiarité, du fait d'avoir ou non déjà vu un objet, et sont aussi parmi les premières touchées dans la maladie d'Alzheimer", indique Patrick Chauvel.

Les électrodes ont permis d'enregistrer l'influx cérébral entre divers systèmes cérébraux. "Il y a normalement un décalage de 100 millisecondes entre celui chargé de la cognition et celui responsable de la reconnaissance, note Patrick Chauvel. La stimulation, ou la crise spontanée, qui conduirait à synchroniser ces deux systèmes, pourrait-elle être à l'origine du déjà-vu ?"

Cette explication fait partie des innombrables hypothèses avancées pour rendre compte du phénomène, normal ou pathologique. Toutes ne mettent pas en cause la mémoire. Alan Brown, de la Southern Methodist University de Dallas, qui les a recensées, les classe en quatre catégories : désynchronisation ponctuelle de processus cognitifs ; problèmes de transmission neuronale ; familiarité implicite avec des stimuli non directement reconnus ; distraction intervenant entre une perception inconsciente et une perception consciente.

Le mystère de ce "court-circuit entre perception et souvenirs" intrigue philosophes, religieux et poètes depuis des millénaires, rappelle savamment Remo Bodei (université de Californie). S'il résiste aux chercheurs, c'est peut-être, comme le déplore Alan Brown, parce que nombre d'entre eux, aux Etats-Unis notamment, ont eu tendance à le ranger parmi les expériences dites paranormales : psychokinèsie, possession, rêve extralucide, hallucinations... "Je reçois régulièrement des courriers rageurs de gens qui considèrent que le déjà-vu n'est pas un simple dysfonctionnement du cerveau, mais bien la preuve de l'existence d'une vie passée, ou parallèle", témoigne Chris Moulin.

C'est un Français, Emile Boirac (1876), qui a donné son nom au phénomène. De la masse d'études réalisées depuis lors, il ressort que le déjà-vu normal est fréquent : 60 % de la population en ferait l'expérience au moins une fois au cours de sa vie, a calculé Alan Brown. Il semble qu'il se raréfie avec l'âge, mais soit plus fréquent dans les classes socioprofessionnelles "élevées". Il intervient essentiellement le soir, dans des situations de stress ou de fatigue, quand l'attention est flottante.

Pour beaucoup, cette expérience surréaliste, revanche fugace sur l'irréversibilité du temps, est une surprise plaisante. L'illusion d'entrebâiller une porte ouvrant sur d'autres états de conscience ou des univers parallèles n'y est pas pour rien - Hollywood l'a bien compris, qui a fait de ce "trompe-l'oeil temporel" l'ingrédient de bien des scénarios. Michelle N., pourtant fan de films fantastiques, ne regrette aucunement de ne plus subir ces mises en abyme. Quand elles ressurgissent, elle les ignore. Pour elle, le déjà-vu, c'est du passé.
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MessageSujet: Un muscle pas comme les autres   Jeu 24 Juil - 4:00

"Un, deux, trois, nous irons au bois..." Qui a oublié cette comptine ? C'est l'un des premiers outils mnémotechniques qu'un petit d'homme ait l'occasion d'utiliser. Il combine le rythme et la rime qui, alliés à la répétition, facilitent les premières étapes de l'apprentissage des nombres. L'enfant découvrira plus tard que les stalactites tombent et que montent les stalagmites. Il se demandera où est passé Ornicar. Poèmes, tables de multiplication, "what's your name ?", rois de France, carré de l'hypoténuse, éléments périodiques... Jamais il ne cessera d'exercer sa mémoire.

Cela commence au berceau : une équipe américaine vient de montrer que, dès 14 mois, l'enfant catégorise les objets, pour mieux les retenir. L'entraînement se poursuit jusqu'à la tombe, ou presque. Les seniors se voient proposer une batterie d'activités cérébrales censées retarder du temps l'irrémédiable outrage. Le spectre d'Alzheimer les pousse à retourner en enfance, à chiper les consoles de jeux de leurs descendants pour entretenir leurs hémisphères. La mémoire est-il un muscle comme les autres ? Y a-t-il des méthodes pour l'entretenir, voire la doper - pendant mental de la chirurgie esthétique ? Le "par coeur", dont on nous serine qu'il est un sport imbécile, a-t-il quelque mérite ?

Tête bien faite contre tête bien pleine, le débat n'est pas neuf. Descartes l'a tranché à sa façon. Dans ses Cogitations privées, il s'insurge contre la méthode mnémotechnique et les "fécondes sottises" de Lambert Schenkel, mnémoniste de l'époque : "Qui comprendra les causes, reformera facilement en son cerveau, par l'impression de la cause, des fantômes tout à fait effacés. Tel est le véritable art de la mémoire, tout à fait opposé à l'art de cet imbécile." Il n'est que temps pour la Raison de dissiper la poussière du Moyen Age, où l'avènement du livre n'avait pas détrôné la mémoire, considérée depuis l'Antiquité comme source première de création : chez les lettrés eux-mêmes, rappelle l'historienne Mary Carruthers, avoir lu un ouvrage signifiait encore être capable de le réciter. L'avoir, littéralement, incorporé.

A la suite de Descartes, l'institution scolaire rabaisse donc la mémoire... au moins dans les discours. Sur le terrain, ce mode d'apprentissage reste un outil privilégié des maîtres. L'historienne Anne-Marie Chartier souligne cette ambiguïté, palpable dans le témoignage de Léon Chauvin : dans ses Mémoires, ce directeur d'école raconte qu'en 1850 les méthodes dans son école de village "ne s'adressaient guère qu'à la mémoire". Il les juge "détestables". Pourtant, écrit-il, "un certain nombre d'élèves ne laissaient pas de faire des progrès. J'eus le bonheur d'être de ceux-là" : la méthode honnie a du bon, elle distingue quelques élus...

Mai 68 marque le point culminant du refus de cette forme de "gavage". Aujourd'hui, alors qu'il n'a jamais été abandonné dans les classes, le "par coeur" est peut-être en voie de réhabilitation. Bruno Suchaut, qui dirige l'Institut de recherche sur l'éducation (Iredu-CNRS), lui trouve des vertus égalitaires : l'apprentissage des tables de multiplication, le calcul mental aident à compenser des déficits cognitifs. "Certains élèves peuvent reconstituer le raisonnement, note-t-il. Mais, pour les autres, faire appel à la mémoire à long terme peut permettre de s'en sortir." Le psychologue expérimental Alain Lieury (Rennes-II) a été pionnier dans la réhabilitation de la mémoire. "Sous sa forme encyclopédique, sémantique, mesurée par la connaissance du vocabulaire des matières, elle est le meilleur prédicteur de la réussite scolaire", dit-il. Les programmes ne tiennent guère compte du fait qu'elle n'est pas élastique à l'infini. Son équipe a mesuré qu'au cours de la sixième, les élèves doivent doubler l'étendue de leur vocabulaire : 6 000 termes nouveaux dans les manuels. Ce corpus passe à un total cumulé de... 24 000 mots en fin de troisième ! Or en moyenne, les élèves qui quittent le collège en connaissent 17 000. Leur destin scolaire est très lié à la maîtrise de ce vocabulaire : le trop grand écart entre ce qui leur est demandé et ce qu'ils sont capables d'engranger peut les placer en échec.

La solution ? Alléger programmes et manuels. Aider la mémorisation en variant les angles de présentation du vocabulaire. Cette répétition, impérative pour que les mots s'inscrivent dans la mémoire à long terme, n'est pas que mécanique : elle donne l'occasion au cerveau d'organiser les connaissances, d'"agréger des parcelles de sens", note Alain Lieury. Apprendre pour comprendre, et vice versa. La lecture est le moyen le plus efficace - bien meilleur que les programmes audiovisuels. "C'est un mode d'enregistrement autorégulé : quand on ne comprend pas, on revient en arrière", dit le psychologue.

Dans cette optique, l'irruption d'Internet, qui permet d'accéder aux connaissances en un clin d'oeil, est à double tranchant. Elle multiplie certes les occasions de se confronter au vocabulaire dans des contextes variés. Mais pose une question fondamentale, que l'éducation nationale ne pourra pas éluder très longtemps : pourquoi se donner la peine d'engranger des savoirs immédiatement disponibles, qui plus est copiables et collables ? Ne vaudrait-il pas mieux tester la capacité des élèves à "googler", c'est-à-dire à trouver et à organiser de façon pertinente ces connaissances ?

S'il y a corrélation entre étendue du vocabulaire et réussite scolaire, cette dernière est-elle pour autant synonyme d'intelligence ? L'opposition entre celle-ci et mémoire est, selon Alain Lieury, stérile. "Ce ne sont pas des processus séparés, mais interdépendants. L'intelligence, au sens de raisonnement, peut être considérée comme la mise en relation entre les différentes connaissances, résume-t-il. Sans leur mémorisation, le cerveau serait un superbe espace documentaire, mais vide."

Début 2008, une publication scientifique a renversé la polémique : une équipe américaine a montré qu'un entraînement mettant cette fois à l'épreuve la mémoire de travail (à court terme) permettait d'obtenir de meilleurs scores à des tests d'intelligence "fluide". Par opposition aux connaissances, à l'intelligence dite cristallisée, cette dimension désigne la capacité de raisonnement pure, indépendante d'indices culturels. A la surprise générale, l'étude montrait qu'une "musculation" de la mémoire de travail - être capable de se souvenir de l'emplacement d'un carré sur un écran tandis que des lettres défilent - dopait les capacités de raisonnement.

Alain Lieury n'est pas impressionné : l'étude a le mérite de montrer que les processus mis en jeux par la mémoire de travail, l'attention et l'intelligence fluide se recouvrent partiellement. Mais "si on regarde les courbes, dit-il, le gain aux tests est de 13 %, ce qui reste très faible". La commercialisation par la même équipe d'un logiciel d'entraînement cérébral renforce ses doutes sur la portée de la "découverte".

Le psychologue rennais a décortiqué en détail les méthodes mnémotechniques imaginées depuis presque trois millénaires. Au Ier siècle, le juriste Quintilien, note-t-il, avait déjà vu juste à leur sujet : bien souvent, on leur attribue des mérites qui ne sont dus qu'à la mémoire phénoménale de leurs promoteurs. Transformées, ces méthodes ont perduré jusqu'à aujourd'hui. Leur objectif est de contourner la limitation naturelle de notre mémoire de travail, qui ne permet d'engranger à court terme qu'une liste d'environ sept objets, mots, chiffres ou visages... Chacune a ses mérites, pour chaque type de mémoire sollicitée, "mais aucune n'est universelle", prévient Alain Lieury.

Il n'est pas plus tendre avec l'entraînement cérébral promu par le Dr Ryuta Kawashima et ses épigones, qui font florès sur les consoles de jeux. Les courbes de progression des capacités de mémorisation, exhibées comme preuve de l'efficacité des procédés, capitalisent sur un "effet d'échauffement". Dans une étude à paraître, il montre avec sa collègue Sonia Lorant que "les jeux proposés dans des magazines tel Mickey Parade ont les mêmes vertus".

"On sait par ailleurs depuis soixante ans que la stimulation du cerveau, par un environnement enrichi ou des jeux, est bénéfique, rappelle-t-il. Cela se vérifie sur les souris génétiquement transformées pour présenter la maladie d'Alzheimer : la nouveauté les protège plus longtemps de la maladie." C'est la face sombre de la mémoire : après l'avoir nourrie, les adultes sont confrontés à un autre défi, la conserver. Un chiffre effraie : 30 % des septuagénaires développeront la maladie d'Alzheimer. Autant présenteront des signes d'oubli bénin. Seuls 40 % auront une mémoire aussi bonne qu'à 30 ans.

"Chez le sujet âgé, il y a des mécanismes compensatoires, mal compris, entre diverses formes de mémoires, rappelait récemment Béatrice Desgranges (CHU de Caen) devant l'Académie des sciences. On parle de réserve cognitive, une notion qui renvoie à des ressources constituées pendant toute la vie, pour mieux résister au vieillissement normal et qui, le cas échéant, permettent de retarder l'expression de la maladie d'Alzheimer."

Le neuropsychologue Francis Eustache a constaté chez ces malades l'importance du "stock" de souvenirs communs, pour maintenir le plus longtemps possible la qualité du "vivre ensemble". "Je me souviens d'une soirée de Noël où des femmes qu'on pourrait qualifier de grandes démentes chantaient ensemble, raconte-t-il avec émotion. Elles étaient capables de mémoriser une chanson récente, mais croyaient l'avoir apprise toutes petites." La musique, d'hier ou de jadis, note-t-il, constitue un support précieux pour continuer à apprendre et pour évoquer le passé, face à l'érosion des neurones et du temps. Souvenez-vous : "quatre, cinq, six, cueillir des cerises"...

LE MONDE | 18.07.08 |Hervé Morin
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